Pantomime pour un clown musicien
À partir de 6 ans
Qu’arrive-t-il à Flip Flop ? Pourquoi cette nuit ne veut pas finir ? Où s’en est allée sa faculté à rêver ? Où sont ses couleurs ? Et ses jeux ? Le voilà tout blanc ou tout noir, tout pierrot la lune…
Alors, il va attraper le taureau par les cornes : il tempête, trompette, s’agite, voltige, se joue des tours…
Tout ça pour mieux se cacher, ne pas s’avouer qu’il connaît bien la source de ses tracas.
« Flip Flop » est un conte qui nous parle de ces moments où il faut accepter de perdre un peu d’enfance pour pouvoir grandir.
Technique
1 comédien, 1 technicien
Espace scénique : Largeur 6m X Profondeur 4m X Hauteur 2m80
Durée : 45mn
Note d’intentions
L’essentialité de cette création : Interroger ces moments où l’on ne se sent plus protégé par l’innocence et qui nous forcent à grandir.
FLIP FLOP est un projet de spectacle pour les cinq – dix ans. Un seul en scène de quarante minutes porté par le genre de la pantomime (art de l’expression gestuelle) dont le personnage, portant la figure du Pierrot, construit l’histoire.
C’est cette figure rassurante et tendre d’un Pierrot qui, utilisant le registre de jeu de la pantomime, va créer un imaginaire réalisé fort, permettant aussi de proposer un moment totalement original dans sa forme.
Et qui mieux que la figure de Pierrot peut porter le deuil de l’innocence ?
Qui refuse avec autant d’acharnement la réalité ?

La Pantomime, le Pierrot :
Ce choix de montrer l’art de la pantomime est le cœur de notre parti pris, le cœur de ce pari artistique.
Aujourd’hui nos enfants consomment des centaines d’heures d’images qui leurs sont dédiées. Fictions filmiques dans lesquelles chacun des plans dure 1,2 secondes en moyenne. C’est la limite de ce que l’œil humain peut percevoir et de ce que le cerveau peut enregistrer sans dommages (épilepsie). Ce rythme frénétique tend uniquement à créer des dépendances par l’excitation (dopamine). La narration ici est réduite à l’action (décision, action, conséquence), le rythme remplaçant systématiquement le geste…
Les dialogues, eux étant là uniquement pour participer à l’hystérisation de tout cela… nos enfants ont ici à faire à des marchands d’addiction.
Aujourd’hui, travailler le sensible est un pari ! Et un acte de résistance…
Dans une pantomime, c’est l’intention portée aux ressentis du personnage qui construit l’histoire.
Nous faisons également le pari que se tisse la possibilité d’une réelle empathie en dressant un spectacle presque sans parole où chaque geste doit se lire, doit s’interpréter. Nous faisons le pari de l’intelligence du regard.
La pantomime, c’est le temps long de la problématique (toutes les phases doivent y être scrupuleusement respectées sous peine d’incompréhension). Nous faisons le pari de donner à voir une construction narrative qui se développe et s’accomplie.
Si le genre du Pierrot peut-être apparenté au clown et s’il est très souvent drôle, il ne fabrique pas des échecs pour provoquer le rire. Il réfléchit et construit ses actes. Et même si ceux-là ne résolvent rien en pratique, ils éclairent et donnent les sens.
Que la figure de Pierrot soit un stéréotype nous est ici plus qu’utile.
Le contexte de la rencontre ne s’interroge pas, elle a lieu… il ne reste plus qu’à ouvrir ses yeux pour comprendre ce qui lui arrive…
Ce fort décalage d’avec toute réalité possible va aussi nous permettre d’amortir le choix narratif que nous portons pour construire notre propos.
Car ce que va devoir comprendre notre Flip Flop, sans jamais le dire, en construisant doucement la compréhension, c’est que sa Mamé est partie et qu’elle ne reviendra pas…
Mais Il ne s’agit pas d’un travail sur le deuil ;
l’absence de sa grand-mère n’est ici que le moteur des agissements de Flip Flop.
L’essentialité est de parler aux enfants de ces moments particuliers et intenses où l’on réalise que la réalité s’impose quoi que l’on fasse…
Entre 5 et 10 ans, ces moments se répètent fréquemment.

Déroulé et volontés :
Notre Pierrot Flip Flop tombe de sa lune et se retrouve coincé dans un lieu étrange… un lieu où le temps semble arrêté et où rien de ce qu’il était avant ne peut lui porter secours.
Nous avons pensé, fait dessiner et construire par un scénographe professionnel (Emmanuel Brouallier) l’univers de notre spectacle (voir photos). Si ces éléments furent réalisés si tôt dans le travail c’est que ceux-ci sont part entière de la problématique dans laquelle est plongée notre Flip Flop ; ils sont aussi les « agrès » des pantomimes de notre Pierrot.
Sans parole, Flip Flop va expérimenter l’ennui, la tristesse, la colère… mais le voilà aussi en lutte afin de comprendre et sortir de ses impasses émotionnelles (qu’arrive-t-il ? Pourquoi ? Comment changer cela ?
Le personnage nous éclaire donc petit à petit sur le propos, en permettant aux spectateurs de rester actifs. Car c’est en interrogeant ce qu’ils voient, ce qu’il se passe, qu’ils vont forger leur compréhension.
Flip flop refusant la logique, crée sans cesse des situations où il se retrouve embarqué pour finir prisonnier des impasses qu’il tente à tout crin de fuir..
La pantomime est son jeu : respecter ce genre à part entière ainsi qu’en diriger sa réalisation sera un long travail de recherche, de direction d’acteur. C’est aussi une somme de travail conséquente et une réelle prise de risque pour le comédien : l’art de la pantomime se refusant à toutes approximations, à toute médiocrité. Il advient ou ne signifie rien.
Flip Flop va devoir accepter que le réel ne se construit pas, que sa mamie ne reviendra plus.
Mais il va, avec sa fantaisie, trouver dans les ressources du souvenir et de la mémoire, une possibilité de vivre avec cette absence tout en retrouvant ses couleurs et ses émotions.
C’est ce chemin qui constitue la narration de notre histoire.

Par l’effort d’écriture, de mise en scène et d’exigence dans le jeu, nous entendons poursuivre et enrichir une ligne artistique que Kaïros théâtre s’est fixé pour ses créations jeunes publics.
Réfléchir nos objets pour que :
Rien dans leurs formes ne puisse offrir tribune à l’adulte pour devenir sachant, voir moraliste,
Refuser à user de problématiques sociétales comme trames de nos histoires (crises en tous genres),
Aux moyens de la fiction, sortir résolument les enfants de tout réalisme quotidien (même distancié par les moyens théâtraux).
Nous sommes fervents défenseurs de l’idée qu’un spectacle jeune public doit user de toutes ces forces « spectaculaires » pour parler en pudeur de quelques-uns des invariants qui préoccupent réellement l’enfant en son enfance.

